9

 

 

Ce n’était pas la première fois qu’on se disputait, Bill et moi. C’était déjà arrivé, quand j’en avais assez de toutes ces histoires de vampires, que je ne supportais plus de devoir m’adapter, que ça m’angoissait de me voir plonger de plus en plus profondément dans le monde surnaturel. Parfois, j’avais juste besoin de faire une pause, de voir des humains et rien que des humains pendant un temps.

Alors, durant trois semaines, c’est ce que j’ai fait. Je n’ai pas appelé Bill. Bill ne m’a pas appelée. Je savais qu’il était rentré, parce que j’avais retrouvé ma valise posée devant ma porte. En la défaisant, j’avais découvert un écrin en velours noir avec le nom d’un grand joaillier en lettres d’or sur le couvercle. J’aurais dû avoir le courage de ne pas l’ouvrir. A l’intérieur, il y avait une paire de boucles d’oreilles en topaze avec un petit mot qui disait : « Pour aller avec ta robe » (autrement dit, avec la robe mordorée que je portais le soir de la fusillade). J’avais tiré la langue à l’écrin et pris ma voiture pour aller le déposer l’après-midi même dans la boîte aux lettres de Bill. Il m’avait enfin offert un cadeau, et voilà que j’étais obligée de le lui retourner !

Je n’ai même pas essayé de mettre les choses à plat. Je me suis dit qu’à la longue, mes idées s’éclairciraient toutes seules, que, le moment venu, je saurais quoi faire.

Cela ne m’a pas empêchée de lire la presse. Les vampires de Dallas et leurs «amis humains » étaient maintenant élevés au rang de martyrs. Stan devait se frotter les mains. Dans tous les journaux, le « massacre de minuit » de Dallas passait pour le parfait exemple du crime raciste. On pressait les autorités de créer tout un tas de lois (qui ne seraient jamais votées, mais ça donnait bonne conscience à la population de penser qu’elles pourraient passer, un jour). Des lois qui garantiraient aux vampires une protection de leurs propriétés et de leurs biens, des lois qui leur permettraient d’accéder à certaines responsabilités politiques (quoique personne n’ait encore suggéré de présenter un vampire au poste de sénateur ou de député). Il y avait même une motion à l’étude, à la cour de justice du Texas, pour qu’un vampire puisse être nommé « exécuteur légal de l’État ». Autrement dit, bourreau. Un certain sénateur Garza avait en effet déclaré : « La mort causée par une morsure de vampire est présumée indolore et, au moins, le sang versé ne l’est-il pas inutilement, puisque le vampire s’en nourrit. »

Eh bien, j’avais des infos pour le sénateur Garza : les morsures de vampire n’étaient agréables que si tel était son bon plaisir. S’il ne vous hypnotisait pas d’abord, une vraie morsure de vampire faisait un mal de chien.

Je me demandais s’il y avait un rapport entre ce sénateur Garza et Luna. Mais quand j’en ai parlé à Sam, il m’a affirmé que « Garza » était un nom aussi commun chez les Américains d’origine mexicaine que « Smith » chez les Américains d’origine britannique.

Sam n’a pas cherché à savoir pourquoi je lui posais la question. Ça m’a fait de la peine. Je me suis même sentie un peu délaissée. J’avais fini par m’habituer à l’idée de compter pour lui. Mais il était préoccupé, ces derniers temps. Arlène pensait qu’il fréquentait quelqu’un – une première, car nous ne lui avions jamais connu de petite amie. En tout cas, qui que soit l’heureuse élue, personne ne la voyait jamais. C’était déjà bizarre en soi et suffisait à rendre la chose encore plus extraordinaire. J’ai bien essayé de parler à Sam des changelings de Dallas, mais il s’est contenté de sourire et d’invoquer la première excuse venue pour m’envoyer voir ailleurs s’il y était.

 

Un jour, mon frère Jason est passé déjeuner à la maison. Ce n’était plus ce que c’était du temps de notre grand-mère. Granny mitonnait toujours un repas pantagruélique, à midi. Jason venait souvent nous voir, à cette époque. Il faut dire que Granny était un vrai cordon-bleu. Je me suis quand même débrouillée pour lui servir du poulet avec une salade de pommes de terre, en me gardant bien de lui dire que je l’avais achetée sous vide.

— Qu’est-ce qui se passe entre Bill et toi ? m’a-t-il demandé de but en blanc, en reposant son verre de thé glacé.

Il avait eu le tact de ne pas me poser de questions lorsqu’il était venu me chercher à l’aéroport. Mais je sentais que cette fois, je n’allais pas y couper.

— Je me suis disputée avec lui, ai-je sèchement répondu.

— Pourquoi ?

— Il n’a pas tenu une promesse qu’il m’avait faite.

Jason se donnait vraiment du mal pour jouer au grand frère protecteur. J’aurais dû lui en être reconnaissante, au lieu de prendre le mors aux dents. Après tout, il s’inquiétait pour moi. C’était plutôt sympa de sa part. Je me suis d’ailleurs demandé (et ce n’était pas la première fois) si je n’avais pas une légère tendance à démarrer au quart de tour. Dans certaines circonstances, du moins.

Je me suis fermement retranchée derrière mes barrières mentales pour ne plus entendre que ce que Jason disait.

— On l’a vu à Monroe.

J’ai respiré un grand coup.

— Avec quelqu’un d’autre ?

— Oui.

— Qui ?

— Tu ne vas pas le croire. Portia Bellefleur.

Je n’aurais pas été plus surprise si Jason m’avait annoncé que Bill sortait avec Hillary Clinton (quoique Bill soit un démocrate convaincu). J’ai fixé mon frère comme s’il venait de me révéler qu’il était le diable en personne. Les seules choses que Portia Bellefleur et moi avions en commun étaient notre lieu de naissance, notre sexe et les cheveux longs.

— Eh bien ! Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer. Qu’est-ce que tu en penses ?

Si quelqu’un s’y connaît en relations homme-femme, c’est bien Jason (du point de vue masculin, en tout cas).

— C’est exactement ton opposé, m’a-t-il répondu, avec un air compatissant dont je ne voyais absolument pas l’utilité. Elle est cultivée, elle vient de l’aristocratie, elle est avocate... En plus, son frère est flic. Et ils vont voir des symphonies, des opéras et tout le bazar.

Les larmes me brûlaient les yeux. Moi aussi, je serais allée à une symphonie avec Bill, s’il me l’avait demandé.

— De ton côté, tu n’es pas bête, tu n’es pas moche et tu acceptes de supporter ses petites manies.

J’ignorais ce que Jason entendait par là, au juste, et je me suis bien gardée de l’inviter à préciser sa pensée.

— Mais on n’est pas de la haute, c’est sûr, a-t-il poursuivi. Tu bosses dans un bar et ton frangin refait les routes.

Il m’a adressé un petit sourire en coin.

— On est ici depuis aussi longtemps que les Bellefleur, ai-je protesté en m’efforçant de ne pas paraître trop agressive.

— Je le sais et tu le sais. Et Bill est bien placé pour le savoir, lui aussi, pour la bonne raison qu’il était déjà là, à l’époque.

Ce n’était pas faux. J’ai préféré faire diversion.

— Qu’est-ce que ça devient, l’affaire d’Andy ?

— Il n’a encore été accusé de rien, mais ça n’arrête pas de jaser en ville à propos de cette histoire de partouze. La rumeur enfle à vue d’œil. Ça gagne du terrain tous les jours. Lafayette était tellement content d’avoir été de la fête qu’il en a parlé à tout le monde. Comme on dit que la première règle de ce genre de club, c’est motus et bouche cousue, les gens prétendent que Lafayette a dû se faire descendre parce qu’il a eu la langue trop bien pendue.

— Et toi, qu’en penses-tu ?

— J’en pense que si quelqu’un avait fondé un club échangiste ou un truc de ce genre dans la région, on m’aurait déjà appelé, a-t-il répondu avec le plus grand sérieux.

— Tu as raison, ai-je finalement admis, épatée une fois encore par la perspicacité de mon frère. Tu aurais été le premier sur la liste.

Comment se faisait-il que je n’y aie pas songé plus tôt ? Non seulement Jason avait une réputation de don Juan, mais il était aussi très séduisant et célibataire.

— Le seul hic que je vois... ai-je objecté en prenant mon temps pour ménager mon effet, c’est que Lafayette était gay.

— Et ?

— Et peut-être que ce club, s’il existe, n’accepte que des gens qui n’y voient pas d’inconvénient.

— Ça se tient, a concédé Jason. Ça expliquerait que je ne sois pas au courant.

— Ben oui, monsieur l’Homophobe.

Il a haussé les épaules en souriant.

— Personne n’est parfait, a-t-il rétorqué sans ciller. Et puis, ça fait déjà un moment que je sors avec Liz plutôt régulièrement. Et je ne m’en cache pas. Pas besoin d’être sorti de Harvard pour voir que Liz n’est pas du genre à prêter sa brosse à dents. Alors, son mec...

Il avait raison, une fois de plus.

— Parfois, j’ai du mal à te comprendre, frangin, ai-je repris après un silence. Il y a tellement de trucs cent fois pires que d’être gay, sur cette fichue planète.

— Comme ?

— Être un assassin, un terroriste, un violeur...

— OK, OK, j’ai compris.

— J’espère bien.

J’ai du mal à accepter nos différences, et ça me désole. Mais j’aime mon frère et je l’aimerai toujours, quoi qu’il arrive. Je n’ai plus que lui.

Le soir même, je suis tombée sur Bill et Portia. En fait, je les ai juste aperçus dans la voiture de Bill. Ils descendaient Claiborne Street. Portia avait la tête tournée vers Bill. Elle lui parlait. Bill regardait droit devant lui. Son visage ne semblait pas trahir la moindre émotion. Ils ne m’ont pas vue. J’étais passée chercher du liquide au distributeur, en allant au boulot.

Entre savoir et voir de ses propres yeux, il y a un monde. Aussitôt, j’ai senti monter en moi une rage qui frisait la folie meurtrière. Ça m’a permis d’avoir une petite idée de ce que Bill avait éprouvé quand il avait vu mourir ses petits copains. J’avais envie de tuer quelqu’un.

Andy était au bar, ce soir-là. Dans le secteur d’Arlène, heureusement. Tant mieux, parce qu’il avait vraiment une sale tête : il n’était pas rasé, et ses fringues étaient toutes fripées. Avant de partir, il est venu vers moi. Il empestait l’alcool à plein nez.

— Reprends-le, a-t-il craché d’une voix frémissante de colère. Reprends-le, ce foutu vampire, qu’il laisse ma sœur tranquille.

Je n’ai pas su quoi lui répondre. Je me suis contentée de le suivre des yeux pendant qu’il traversait le bar en titubant.

Le lendemain, un vendredi, j’avais ma soirée. La température avait un peu baissé, et j’en ai eu soudain marre d’être toute seule. J’ai décidé d’aller au match de foot. Le foot, c’est la distraction locale, à Bon Temps : tout le monde y va. Le lundi matin, les matchs font l’objet de débats enflammés dans toutes les boutiques de la ville. Le match est retransmis deux fois à la télé sur une chaîne régionale, et les joueurs les plus prometteurs sont traités comme des rois.

Bref, on ne se rend pas à un match de foot à Bon Temps habillé n’importe comment.

J’ai tiré mes cheveux en arrière pour me faire une queue de cheval bien nette à la Jennifer Lopez, et j’ai mis de grandes créoles en or. Mes bleus avaient disparu, et j’ai sorti le maquillage des grands jours, de la base matifiante jusqu’au contour des lèvres, avec une petite touche de gloss pour finir. J’ai enfilé un pantalon en coton noir, un tee-shirt noir et rouge ; j’ai chaussé mes bottines noires et épinglé un ruban noir et rouge autour de mon élastique pour le cacher (devinez les couleurs de notre équipe...).

J’ai regardé le résultat dans la glace.

— Hé, pas mal ! Pas mal du tout !

J’ai pris ma veste en cuir noir, mon sac, et j’ai filé au stade.

Il y avait plein de gens que je connaissais dans les tribunes. Une bonne dizaine d’entre eux m’ont fait un signe. Une bonne dizaine m’ont interpellée au passage. Une autre bonne dizaine m’ont dit qu’ils me trouvaient jolie. Mais le problème, c’était que j’étais triste à pleurer. J’ai donc affiché mon plus beau sourire Colgate et j’ai cherché une place.

— Sookie ! Sookie !

C’était Nikkie Thornton, une de mes rares bonnes copines de lycée. Elle m’appelait du haut des gradins. Quand j’ai levé la tête, elle m’a fait de grands signes pour m’inviter à la rejoindre. Je lui ai rendu son sourire et j’ai commencé à escalader les marches. J’étais obligée de m’arrêter toutes les trois secondes pour parler à quelqu’un. Mike Spencer, le coroner et entrepreneur de pompes funèbres, était là. Il avait mis son beau costume de cow-boy du dimanche. Il y avait Mary Fortenberry, l’amie de ma grand-mère, et son petit-fils Hoyt, le copain de Jason. J’ai aperçu aussi Sid Matt Lancaster, l’avocat, recroquevillé à côté de sa femme.

Nikkie était accompagnée de son fiancé, Benedict Tallie, Ben pour les intimes. Avec eux se trouvait le meilleur ami de Ben, JB du Rone. Quand j’ai reconnu JB, mon moral est remonté en flèche, de même que ma libido en berne. JB aurait pu faire la couverture d’un roman-photo. Hélas ! Il avait un petit pois à la place du cerveau, comme j’avais pu m’en rendre compte à l’occasion d’une poignée de rendez-vous désastreux. Je m’étais souvent fait la réflexion qu’en sa compagnie, je n’avais même pas besoin de barrières mentales : dans sa tête, c’était le désert. Il n’y avait rien à lire.

— Hé ! Comment ça va ?

— Super ! m’a répondu Nikkie. Et toi ? Ça fait un moment que je ne t’ai pas vue !

Elle s’était fait couper les cheveux au carré, un carré court qui encadrait son visage un peu pâle, et s’était fardé les lèvres avec un rouge flamboyant. Habillée tout en noir et blanc, elle avait quand même noué un foulard rouge autour de son cou pour soutenir l’équipe locale. Ben et elle buvaient dans le même verre, un gobelet en carton de la buvette du stade. Ils avaient ajouté de l’alcool à leur soda. Je pouvais sentir l’odeur du whisky.

— Fais-moi une petite place, JB, ai-je lancé avec un sourire radieux à son adresse.

— Avec plaisir, Sookie, s’est immédiatement exclamé JB, manifestement ravi.

JB était toujours content de me voir. Ça faisait partie de son charme, au même titre que sa parfaite dentition d’un blanc étincelant, son nez aquilin, sa beauté toute virile (et pourtant si émouvante que, dès qu’on l’approchait, on avait envie de le câliner), sa large carrure et ses appétissantes tablettes de chocolat. D’accord, il n’était peut-être plus aussi baraqué qu’autrefois, mais bon, il était humain, et ça, à mon sens, c’était un énorme avantage. Je me suis glissée entre lui et Ben, qui s’est tourné vers moi avec un sourire niais.

— Tu veux un verre, Sookie ?

Je ne suis pas très portée sur la boisson. Je vois trop ce que ça donne tous les jours au bar. Et c’est précisément ce que je lui ai répondu.

— Alors, comment vas-tu, Ben ? ai-je ajouté.

— Bien, a-t-il fini par répondre, après un long moment d’intense réflexion.

Il avait déjà beaucoup bu. Beaucoup trop, à mon avis.

On a parlé de nos amis d’enfance, de nos connaissances communes et des derniers potins jusqu’au coup de sifflet. Ensuite, le match est devenu notre unique sujet de conversation. Les matchs, en fait, parce que chaque match des cinquante dernières années fait partie de la mémoire collective de Bon Temps. Le dernier est toujours comparé à ceux qui l’ont précédé, et les joueurs à leurs prédécesseurs. Maintenant que j’avais perfectionné mon système de protection mentale, je pouvais pleinement profiter de ce genre de grand rassemblement populaire. Je pouvais croire que les gens étaient exactement ce qu’ils prétendaient être et qu’ils disaient exactement ce qu’ils pensaient, puisque je me coupais délibérément de toute « émission » parasite.

Tout en me submergeant de compliments sur mes cheveux, mes yeux, ma ligne et j’en passe, JB se serrait de plus en plus étroitement contre moi. Sa mère lui avait appris de bonne heure que les femmes qui se sentent appréciées sont des femmes épanouies et que les femmes épanouies sont généralement plus aimables et plus aimantes que les autres. Cette simple philosophie avait permis à JB d’enchaîner les conquêtes durant quelques années, encore aujourd’hui, elle lui permettait de faire illusion, du moins dans les premiers temps...

— Tu te souviens de ce toubib à l’hôpital, Sookie ? m’a-t-il soudain demandé.

C’était la mi-temps.

— Le Dr Sonntag ?

Le Dr Sonntag avait perdu son mari. Elle était bien jeune pour être veuve, et bien trop jeune pour le rester longtemps. C’était moi qui l’avais présentée à JB.

— On est sortis ensemble quelque temps. Tu te rends compte ? Moi avec un toubib !

— Hé ! Mais c’est génial !

J’avais un peu compté là-dessus, je dois bien l’avouer. Il m’avait semblé que le jeune Dr Sonntag saurait faire bon usage de ce que JB avait à offrir. Quant à JB, il avait besoin de... eh bien, il avait besoin que quelqu’un s’occupe de lui.

— Mais elle est retournée à Bâton Rouge, a-t-il repris, manifestement dépité. Je crois qu’elle me manque un peu.

Mais c’est qu’il avait l’air vraiment malheureux !

Une compagnie d’assurances privée avait racheté notre petit hôpital et, depuis, les médecins urgentistes ne restaient en poste à Bon Temps que par roulement de quatre mois. JB a resserré son étreinte (il avait passé son bras autour de mes épaules).

— Mais je suis rudement content de te voir, a-t-il repris, comme pour me rassurer.

Sacré JB ! Une vraie crème !

— JB, pourquoi n’irais-tu pas lui rendre une petite visite à Bâton Rouge ? lui ai-je suggéré.

— Elle est toubib, elle n’a pas beaucoup de temps de libre.

— Elle en trouverait.

— Tu crois ?

— A moins qu’elle ne soit complètement idiote...

— Oui, je pourrais faire ça... Justement, quand je lui ai parlé au téléphone, l’autre soir, elle m’a dit qu’elle aurait bien aimé que je sois là.

— C’est ce qui s’appelle un appel du pied, ça, JB.

— Tu crois ?

Il semblait nettement plus guilleret, tout à coup.

— Bon, alors, c’est décidé : je vais à Bâton Rouge demain, a-t-il déclaré avec entrain, avant de me planter un baiser sur la joue. Je me sens rudement bien avec toi, Sookie.

— Eh bien, JB, la réciproque est vraie, lui ai-je répondu d’un ton tout aussi enjoué.

Et je lui ai fait un petit bisou sur la bouche.

C’est à cet instant que j’ai vu Bill. Il me fusillait du regard. Portia et lui étaient assis deux tribunes plus bas. Il s’était presque complètement retourné sur son siège et levait les yeux vers moi.

Si j’avais voulu le faire exprès, ça n’aurait pas pu mieux marcher. C’était ce qui s’appelait faire un bras d’honneur. Un bras d’honneur monumental. Et devant toute la ville, en plus ! Un beau moment de triomphe pour Sookie Stackhouse.

Mais au lieu de jubiler, j’avais le cœur déchiré. J’avais tellement envie de Bill que j’en crevais.

J’ai détourné les yeux et souri à JB. Pourtant, pendant tout ce temps, je ne rêvais que d’une chose : retrouver Bill sous les tribunes pour faire l’amour avec lui. Je voulais qu’il arrive derrière moi sans prévenir et qu’il me prenne comme ça, là, maintenant. J’avais envie qu’il me fasse gémir, hurler de plaisir.

J’ai été tellement choquée d’imaginer des trucs pareils que ça m’a complètement chamboulée. J’ai senti le rouge me monter aux joues. Je n’arrivais même plus à me cacher derrière mon inaltérable sourire de façade, pour une fois.

Il m’a fallu une bonne minute pour parvenir à apprécier le comique de la situation. J’ai reçu une éducation conventionnelle très puritaine. Évidemment, comme je pouvais lire dans les pensées des gens, j’ai découvert les choses de la vie assez tôt – étant enfant, je ne pouvais exercer aucun contrôle sur les informations que je recevais. Le sexe m’a toujours intéressée, quoique le handicap qui m’avait permis d’en savoir autant sur le sujet m’ait longtemps empêchée de passer à la pratique. Comment voulez-vous vous épanouir sexuellement quand vous savez que votre partenaire préférerait que vous soyez Nikkie Thornton (ce n’est qu’un exemple), qu’il prie pour que vous ayez pensé à apporter des préservatifs ou qu’il passe en revue tous vos défauts pendant qu’il vous déshabille ? Pour un rapport sexuel réussi, un bon conseil : concentrez-vous sur ce que votre partenaire est en train de faire. Ça vous évitera de vous laisser distraire par ce qu’il est en train de penser.

Avec Bill, au moins, rien ne pouvait me déconcentrer. Et puis, il avait une telle expérience ; il était si adroit, se montrait si consciencieux, si attentionné, si soucieux de bien faire... Aïe, aïe, aïe ! À croire que j’étais devenue aussi accro qu’Hugo !

J’ai passé le reste du match bien gentiment assise sur mon siège, à sourire et à hocher la tête au moment voulu et à essayer de ne pas regarder en bas à gauche, où se trouvait Bill. Mais à la fin, je me suis rendu compte que je n’avais pas entendu un seul des airs que la fanfare avait joués. Je n’avais même pas vu la cousine de Nikkie faire son numéro de majorette. Quand la foule a commencé à se disperser sur le parking, après la victoire de l’équipe de Bon Temps, j’ai accepté de raccompagner JB chez lui. Ben avait un peu dessoûlé entretemps, et je ne m’inquiétais pas trop pour Nikkie. J’ai quand même été soulagée quand j’ai vu que c’était elle qui prenait le volant.

JB habitait près du centre-ville. Il m’a aimablement priée de monter « prendre un dernier verre », mais je lui ai répondu que je devais rentrer. Je l’ai serré très fort dans mes bras et je lui ai conseillé d’appeler le Dr Sonntag (je ne connaissais toujours pas son prénom !).

Ensuite, il a fallu que j’aille faire le plein à la seule station-service encore ouverte après 20 heures. Là, j’ai eu une longue discussion avec le cousin d’Arlène, Derrick, qui était assez téméraire (ou assez givré, ou assez fauché) pour assurer le service de nuit. Du coup, je suis arrivée chez moi beaucoup plus tard que je ne l’avais prévu.

Au moment où j’introduisais la clé dans la serrure, Bill a surgi de l’obscurité. Sans même me dire un mot, il m’a attrapée par le bras et m’a violemment attirée à lui pour m’embrasser. L’instant d’après, il me plaquait contre la porte en se frottant contre moi. J’ai réussi à passer une main dans mon dos pour tourner la clé. On est entrés enlacés dans la maison, puis on s’est retrouvés dans le salon je ne sais comment. Là, il m’a fait pivoter face au canapé ; j’ai agrippé l’accoudoir à deux mains et, dans la minute qui suivait, il était en moi, exactement comme dans mon fantasme.

Un feulement rauque est monté dans ma gorge. Bill poussait des cris tout aussi primitifs. Je crois que j’aurais été incapable d’articuler la moindre syllabe sensée. Il avait passé les mains sous mon tee-shirt et avait déchiré mon soutien-gorge. Il était sans pitié, insatiable. J’ai failli m’effondrer après mon premier orgasme.

— Non ! a-t-il grondé en me voyant fléchir.

Et il a continué. Il a même accéléré le rythme, jusqu’à ce que je sois près de m’évanouir. Enfin, j’ai senti ses dents se planter dans mon épaule. Il a alors laissé échapper un long grognement. Après quelques interminables secondes, tout a été fini.

Je haletais comme si je venais de piquer un cent mètres. J’avais beau ruisseler de sueur, je frissonnais, et Bill frissonnait autant que moi. Sans se donner la peine de se reboutonner, il m’a tournée vers lui et s’est penché pour lécher la petite plaie qu’il m’avait faite à l’épaule. Quand elle a cessé de saigner et qu’elle a commencé à se refermer, il m’a entièrement déshabillée, très lentement. Puis il m’a encore léchée, plus bas, et mordillée, plus haut.

— Tu sens son odeur.

C’est la seule chose qu’il m’a dite, avant d’entreprendre d’effacer cette odeur pour la remplacer par la sienne.

Puis on s’est retrouvés dans la chambre, comme par enchantement. Une idée idiote m’a traversé l’esprit – heureusement que j’avais changé les draps le matin même –, puis sa bouche s’est de nouveau écrasée sur la mienne, et j’ai cessé de réfléchir.

Si j’avais eu des doutes avant, je n’en avais plus aucun : il ne couchait pas avec Portia Bellefleur. Je ne savais pas à quoi il jouait avec elle, mais ils n’avaient pas une vraie relation amoureuse. Il a glissé ses bras sous moi, m’a serrée aussi étroitement que possible contre lui et a enfoui sa tête dans mon cou. Puis il m’a pétri les hanches, caressé les cuisses, embrassée au creux des genoux... Il me respirait, s’immergeait en moi, s’imprégnait de moi.

— Ouvre-toi pour moi, Sookie, m’a-t-il murmuré de sa voix sépulcrale.

Et je l’ai fait. Il a été brutal, comme s’il avait quelque chose à prouver.

— Doucement.

C’était le premier mot que je prononçais.

— Je ne peux pas. Ça fait trop longtemps. La prochaine fois, promis, m’a-t-il assuré en me mordant le cou.

Crocs, langue, lèvres, mains, sexe... J’avais l’impression de faire l’amour avec un diable de Tasmanie. Il n’était jamais au même endroit et partout à la fois.

Quand il s’est enfin écroulé, j’étais épuisée. Il s’est allongé à côté de moi, une jambe sur les miennes, un bras en travers de mes seins.

— Ça va ? a-t-il marmonné.

— A part que j’ai l’impression de m’être cognée dans un mur une bonne dizaine de fois, ça peut aller.

Je ne sais pas s’il m’a entendue : j’avais du mal à me comprendre moi-même.

On a sombré dans le sommeil en même temps. Bill s’est réveillé le premier, comme toujours.

— Sookie, a-t-il chuchoté. Mon amour, réveille-toi.

— Mmm...

Pour la première fois depuis des semaines, je me suis réveillée avec la vague certitude que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais je me suis vite souvenue que c’était loin d’être le cas.

J’ai ouvert les yeux. Bill était juste au-dessus de moi.

— Il faut qu’on parle, m’a-t-il annoncé en repoussant une mèche trempée de sueur sur mon front.

— Eh bien, parle.

— Je me suis laissé emporter, à Dallas, a-t-il aussitôt concédé. Les vampires éprouvent ce genre de pulsion, quand une telle occasion se présente. Nous avons le droit de pourchasser ceux qui tentent de nous tuer.

— C’est retourner à la sauvagerie des bêtes féroces, appliquer la loi de la jungle.

— Mais les vampires chassent, Sookie. C’est dans leur nature. Ce sont des prédateurs, comme les léopards ou les loups. Nous ne sommes pas humains. Nous pouvons toujours donner le change devant vous pour essayer de nous intégrer dans votre société. Certains souvenirs reviennent parfois à la surface pour nous rappeler notre vie passée, quand nous étions comme vous, parmi vous. Mais nous ne sommes plus de la même espèce. Nous ne sommes plus de la même chair.

J’ai réfléchi au problème. Ce n’était pas la première fois qu’il me disait ça. Il me l’avait répété de multiples façons, depuis qu’on avait commencé à se fréquenter.

Mais peut-être que je ne l’avais jamais vu clairement tel qu’il était. Je pensais avoir accepté sa différence, mais je me rendais bien compte, maintenant, que je m’attendais toujours qu’il réagisse comme s’il était JB du Rone, Jason ou le curé de ma paroisse.

— Je crois que je commence à comprendre, ai-je répondu posément, en détachant chaque mot. Mais toi, il faut que tu comprennes que, par moments, ce que je vois de toi ne me plaît pas. J’ai parfois besoin de prendre mes distances, de calmer le jeu. Mais je veux vraiment que ça marche, tu sais. Je t’aime, Bill.

Après lui avoir donc promis que je m’efforcerais de composer avec sa nature de vampire, je me suis souvenue d’un autre de mes griefs. Je l’ai empoigné par les cheveux et j’ai roulé avec lui dans le lit pour me retrouver, à mon tour, dans la position dominante. Je l’ai regardé droit dans les yeux.

— Et maintenant, tu vas me dire ce que tu fabriques avec Portia Bellefleur.

Il a posé ses grandes mains sur mes hanches et a répondu :

— Elle est venue me voir le soir où je suis rentré de Dallas. Elle avait lu ce qui s’était passé chez Stan dans les journaux, et elle voulait savoir si je connaissais quelqu’un qui se trouvait là-bas ce jour-là. Quand je lui ai dit que j’y étais – je ne lui ai pas parlé de toi –, elle m’a annoncé qu’elle savait de source sûre que certaines des armes qui avaient été utilisées par les fanatiques de la Confrérie provenaient d’un magasin de Bon Temps, Sheridan Sport Shop. Je lui ai demandé comment elle avait découvert ça. Elle m’a dit qu’en tant qu’avocate, elle était tenue au secret professionnel. Je lui ai demandé pourquoi elle se sentait si concernée par un événement qui n’avait aucun rapport avec elle. Elle m’a dit qu’en bonne citoyenne américaine, elle ne pouvait que se sentir concernée lorsque d’autres citoyens américains étaient persécutés et qu’elle était venue s’adresser à moi parce que j’étais le seul vampire qu’elle connaissait.

C’est ça, et elle faisait la danse du ventre tous les soirs dans une maison close pour arrondir ses fins de mois, aussi !

J’ai plissé les yeux et j’ai réfléchi à haute voix au problème :

— Qu’on respecte ou non les droits des vampires, Portia s’en fiche comme de sa première chemise, si tu veux mon avis. Elle a peut-être envie que tu lui serves de couverture pour l’hiver, mais les problèmes légaux des vampires, elle s’en moque.

— Que je lui serve de couverture pour l’hiver ? Quelle drôle d’expression !

— Oh ! Tu l’as déjà entendue, ai-je ronchonné. Que tu la réchauffes, quoi.

Il a secoué la tête, les yeux pétillants de malice.

— Que je la réchauffe... a-t-il répété lentement. Je te réchaufferais bien, moi, si tu voulais...

Il s’est mis à me caresser les hanches pour me montrer sa bonne volonté.

— Arrête, s’il te plaît. J’essaie de réfléchir.

Mais il me massait les reins en un langoureux va-et-vient, me faisant danser sur lui en même temps. Je commençais à avoir un peu de mal à me concentrer.

— Ça suffit, Bill ! ai-je insisté, d’un ton qui manquait singulièrement de conviction. Écoute-moi. Je crois que Portia veut qu’on la voie avec toi pour se faire inviter à une de ces fameuses orgies qui défraient la chronique à Bon Temps.

— Des orgies ?

Il a paru très intéressé, mais ça ne l’a pas empêché de continuer ses caresses. Il a même accéléré le mouvement.

— Mais oui. Je ne t’ai pas parlé de... Oh, Bill ! Non, attends... Bill, je suis déjà crevée... Oh ! Oh, Bill !

Cette fois, il m’avait empoignée avec force et m’avait empalée sur lui. J’ai crié, happée par la violence des sensations qui naissaient en moi. Je commençais à voir des taches de couleur flotter devant mes yeux. Puis, bientôt, j’ai été emportée par un tourbillon si rapide que je ne savais plus ce que je faisais. On a joui en même temps et on est restés cramponnés l’un à l’autre, épuisé, pendant de longues minutes.

— Plus rien ne doit jamais nous séparer, a chuchoté Bill, les yeux fermés.

— Je ne sais pas... Si c’est pour fêter nos retrouvailles comme ça, après chaque rupture, ça vaut presque le coup de se disputer.

Son corps tout entier a été soudain parcouru par un spasme, réplique du séisme qui venait de nous secouer tous les deux.

— Non, a-t-il dit d’une voix forte, en ouvrant les yeux. Je préférerais encore quitter la ville plutôt que de devoir revivre ça.

Il a alors plongé son regard noir dans le mien et m’a demandé :

— C’est vrai que tu as retiré la balle qu’Éric avait reçue dans l’épaule ?

— Oui. Il m’a dit qu’il fallait que je l’aspire avant que la plaie ne se referme.

— Est-ce qu’il t’a dit aussi qu’il avait un canif dans sa poche ?

— Non, ai-je répondu, stupéfaite. Il en avait un ? Mais alors, pourquoi a-t-il fait ça ?

Bill a haussé les sourcils comme si je venais de dire la chose la plus stupide qu’il ait entendue depuis longtemps.

— Devine.

— Pour que je lui suce le sang ? C’est un gag, j’espère ?

Il s’est contenté de me regarder avec un air de plus en plus consterné.

— Oh, Bill ! Je suis tombée dans le panneau, je te le jure. Tu comprends, il venait de se faire tirer dessus, de prendre une balle qui m’était destinée. Il a été touché à ma place. Il me protégeait.

— Comment ça ?

— Eh bien, il... il s’était couché sur moi pour...

— Le jury appréciera.

— Mais, Bill... Tu veux dire que... Il n’est quand même pas si retors que ça !

Nouvel haussement de sourcils.

— Mais enfin, il n’a tout de même pas pris le risque de se faire tirer dessus juste pour avoir le plaisir de m’avoir pour matelas ! Il ne faut pas exagérer ! C’est débile !

— Ça lui a permis d’introduire un peu de son sang dans tes veines.

— Une goutte ou deux. Pas plus. J’ai recraché le reste.

— Une goutte ou deux, ça suffit largement, quand on est aussi vieux qu’Eric.

— Ça suffit pour quoi ?

— Pour savoir certaines choses sur toi.

— Comme quoi ? Ma pointure ?

Il a souri, ce qui n’est pas toujours un spectacle très rassurant.

— Non. Ce que tu ressens. Tes émotions : colère, tendresse, désir...

— Ça ne l’avancera pas à grand-chose.

— Peut-être pas. Mais, dorénavant, méfie-toi.

Il avait l’air très sérieux. C’était vraiment une mise en garde.

— Penser que quelqu’un a pris une balle à ma place juste dans l’espoir que j’avale une goutte de son sang en la retirant, c’est franchement délirant. Tu sais ce que je pense ? Je pense que tu as délibérément changé de sujet pour que j’arrête de te prendre la tête avec Portia Bellefleur.

— De me quoi ?

En dépit de ses cent soixante ans, Bill n’a rien d’un croulant, mais parfois, il a du mal à suivre.

— De te chercher des poux, si tu préfères. Mais tu ne vas pas t’en sortir comme ça. À mon avis, Portia s’est dit que si elle se baladait en public avec toi, on finirait bien par l’inviter à une de ces fameuses orgies à laquelle Lafayette disait avoir participé, puisque si elle était prête à coucher avec un vampire, elle serait prête à faire n’importe quoi. Du moins, c’est ce qu’elle a dû penser, me suis-je empressée d’ajouter en voyant l’expression de Bill. Donc, Portia s’imagine qu’elle va y aller, qu’elle va récolter deux ou trois informations sur place qui lui permettront de découvrir qui a tué Lafayette et que, comme ça, Andy sera tiré d’affaire.

Bill s’est immobilisé, et son regard est devenu fixe. Ses yeux ne cillaient pas, ses mains étaient complètement relâchées : il réfléchissait.

Au bout d’un moment, il a fini par cligner des paupières.

— Elle aurait mieux fait de me dire la vérité dès le début, a-t-il conclu.

— J’espère pour toi que tu n’as pas couché avec elle, ai-je grommelé, après avoir enfin réussi à m’avouer que cette simple possibilité me rendait absolument folle de jalousie.

— Je commençais à me demander quand tu allais me poser la question, a-t-il rétorqué avec un calme souverain. Moi ? Partager le même lit qu’une Bellefleur ? Comment as-tu pu envisager une chose pareille ? En plus, elle n’éprouve strictement aucun désir pour moi. Elle a même eu un mal de chien à essayer de me prouver le contraire, lors de notre dernier rendez-vous platonique. Portia ne sait pas très bien jouer la comédie. Quand on est ensemble, elle passe son temps à m’entraîner dans d’absurdes chasses au dahu, soi-disant pour trouver les armes de la Confrérie que tous les gens du coin planqueraient chez eux, comme tout bon sympathisant de la Confrérie qui se respecte.

— Alors, pourquoi marches-tu dans la combine ?

— Il y a en elle quelque chose qui force le respect. Et puis, je voulais voir si tu étais jalouse.

— Tiens donc ! Et alors ? Qu’est-ce que tu en penses ?

— Je pense qu’il vaudrait mieux que je ne te revoie jamais rôder autour de ce bellâtre aux yeux de velours.

— JB ? Il est comme un frère pour moi.

— Tu oublies que je t’ai donné un peu de mon sang et que je peux savoir ce que tu ressens. Or, il ne me semble pas que tu éprouves des sentiments très fraternels à son égard.

— C’est sans doute la raison pour laquelle je me retrouve au lit avec toi et pas avec lui, hein ?

— Que veux-tu ? Tu m’aimes.

J’ai ri, en me cachant dans le creux de son épaule.

— L’aube est proche, m’a-t-il tout à coup annoncé. Il faut que je me sauve.

— OK, lui ai-je répondu. Au fait, tu me dois un tee-shirt et deux soutiens-gorge. Gabby en a déchiré un. C’est donc un accident du travail. Et tu en as déchiré un autre hier soir.

— C’est pour cela que j’ai ouvert un compte dans un magasin de prêt-à-porter féminin, a-t-il répliqué d’un ton détaché. Pour que je puisse déchirer tout ce que je veux quand ça me chante.

J’ai éclaté de rire et je me suis laissée retomber sur le lit. J’avais encore deux ou trois heures de sommeil devant moi.

Je dormais déjà quand il est parti, et je me suis réveillée en milieu de matinée avec le cœur léger. Il y avait bien longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Je suis allée directement dans la salle de bains me faire couler un bon bain chaud. Quand j’ai commencé à me laver, j’ai senti quelque chose qui me chatouillait le cou. Je me suis relevée pour me regarder dans la glace, au-dessus du lavabo. Pendant que je dormais, Bill m’avait mis les boucles d’oreilles en topaze qu’il m’avait achetées à Dallas.

Sacrée tête de mule ! Il fallait toujours qu’il ait le dernier mot !

 

C’est moi qui ai été invitée en premier. Je n’avais jamais imaginé que ça puisse m’arriver. Ça ne m’avait même pas effleuré l’esprit. Mais, à la réflexion, ce n’était pas si étonnant que ça. Si, comme je le pensais, Portia comptait sur le fait de sortir avec un vampire pour multiplier ses chances de gagner un ticket d’entrée aux soirées très spéciales de Bon Temps, alors, moi, j’étais sûre de décrocher le gros lot.

A ma grande surprise, et si écœurant que ça puisse paraître, c’est Mike Spencer qui m’a abordée. Mes relations avec Mike n’avaient pas toujours été des plus cordiales, mais je le connaissais depuis l’enfance et j’étais habituée à lui témoigner un minimum d’égards (« De l’empire du notable sur le bas peuple », comme dirait l’autre). Une habitude dont il n’était pas si facile de se défaire. Mike, qui revenait de l’inhumation de Mme Cassidy, portait encore son habit de croque-mort quand il a débarqué Chez Merlotte : complet noir, chemise blanche, cravate sombre et derbys noirs impeccablement cirés. Ça le changeait de sa bolo tie et de ses santiags de cow-boy.

Comme il avait au moins vingt ans de plus que moi, aux égards dus au notable s’ajoutait le respect qu’on témoigne aux aînés. Du coup, sa proposition m’a profondément choquée. Il était tout seul à sa table – ce qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille, car ce n’était pas dans ses habitudes. Je lui apportais son hamburger et sa bière, quand, en sortant son portefeuille de sa veste, il m’a lancé :

— Dis donc, Sookie, on se réunit avec quelques amis, demain soir, chez Janet Fowler, et on se demandait si tu voudrais venir.

J’ai eu l’impression qu’un gouffre s’ouvrait sous mes pieds. J’en avais la nausée. J’ai tout de suite compris de quoi il retournait, mais j’avais du mal à le croire. Tout en poursuivant la conversation comme si de rien n’était, j’ai levé mes barrières mentales.

— « Quelques amis », monsieur Spencer ?

— Oh ! Appelle-moi Mike.

J’ai hoché la tête, pendant que je m’aventurais prudemment dans ses marécages cérébraux et... Oh, bon sang, pour être glauque, c’était glauque.

— Eh bien, il y aura certains de tes amis, déjà, m’a-t-il répondu, pour m’appâter sans doute. Ben, Nikkie, Portia, les Hardaway...

Ben et Nikkie... Ça m’a secouée.

— Et alors, qu’est-ce qui se passe dans ces soirées ? C’est juste histoire de boire un verre et de danser ? Une sorte de boîte privée ?

Oh ! Je ne risquais rien en posant la question. Les gens avaient beau savoir que je lisais dans les pensées, presque personne n’y croyait. Mike ne pouvait tout simplement pas concevoir que j’avais la faculté de voir ce qui lui trottait dans la tête.

— Eh bien... on s’encanaille un peu... Et comme tu as rompu avec ton petit copain, on s’est dit que tu aurais sans doute besoin de te distraire...

— Peut-être... ai-je lâché du bout des lèvres.

Ça aurait pu paraître suspect si j’avais eu l’air emballée tout de suite.

— Et c’est à quelle heure ?

— Vers 22 heures, à la maison du lac, chez Janet.

— D’accord. Oh ! Et merci d’avoir pensé à moi, ai-je ajouté avant de filer avec mon pourboire, comme si je me rappelais soudain mes bonnes manières.

Cette histoire m’a trotté dans la tête toute la soirée. À quoi cela servirait-il que j’y aille ? Pourrais-je vraiment découvrir quelque chose ? Est-ce que ça me permettrait d’éclaircir le mystère qui planait sur la mort de Lafayette ? Je n’aimais pas beaucoup Andy Bellefleur. Quant à Portia, maintenant, je l’aimais encore moins qu’avant. Mais ce n’était tout simplement pas juste qu’Andy risque d’être poursuivi et de voir sa vie gâchée pour quelque chose qu’il n’avait pas fait.

Par ailleurs, il paraissait évident que personne, à la maison du lac, ne me mettrait dans la confidence. À moins que je ne devienne une habituée, et ça, il ne fallait pas y compter. Je n’étais même pas sûre de pouvoir supporter une seule de ces petites sauteries. S’il y avait une chose que je n’avais pas envie de voir, c’était bien mes amis et mes voisins «s’encanailler ».

— Ça ne va pas, Sookie ?

Je n’avais pas entendu Sam approcher. Il était si près de moi que j’ai sursauté. Je me suis tournée vers lui. Si seulement j’avais pu lui demander ce qu’il en pensait ! Non seulement Sam, en dépit de sa taille, était un solide gaillard, mais il avait aussi un moral d’acier et un caractère bien trempé. Et il était intelligent. La comptabilité, la gestion des stocks et du personnel, les commandes, la maintenance, l’organisation des plannings... il jonglait quotidiennement avec tout ça sans jamais se laisser déborder. Sam était un type indépendant et autonome. Il était son propre patron : il avait créé sa boîte et savait la faire tourner. Je l’admirais et j’avais confiance en lui.

— Juste un petit dilemme. Quoi de neuf de ton côté ?

— J’ai reçu un drôle de coup de fil, hier soir.

— Ah, oui ? De qui ?

— D’une petite dame de Dallas.

— Tiens donc !

Je me suis surprise à sourire.

— Est-ce que ce ne serait pas une dame d’origine mexicaine, par hasard ?

— C’est bien possible. Elle m’a parlé de toi.

— Méfie-toi. Elle n’est pas facile.

— Elle semble avoir beaucoup d’amis, pourtant.

— Le genre d’amis que tu aimerais te faire ?

— J’ai déjà de très bons amis, m’a-t-il assuré en me tapotant le bras. Mais c’est toujours agréable de rencontrer des gens avec qui on partage les mêmes centres d’intérêt.

— Donc, tu vas aller faire un tour à Dallas.

— Ce n’est pas exclu. En attendant, elle m’a mis en relation avec des gens de Ruston qui, eux aussi...

«... se transforment les nuits de pleine lune », ai-je achevé mentalement. Du coup, je n’ai même pas laissé Sam finir sa phrase.

— Comment est-elle remontée jusqu’à toi ? J’ai pourtant refusé de lui donner ton nom. Je ne savais pas si tu aurais été d’accord.

— C’est jusqu’à toi qu’elle est remontée. Elle n’a pas eu de mal à trouver pour qui tu travaillais. Il lui a suffi de renouer certains contacts locaux.

— Comment se fait-il que tu n’aies jamais fréquenté ces... ces gens de Ruston ?

— Jusqu’à ce que tu me parles de ta ménade, je n’avais jamais réalisé qu’il me restait tant de choses à découvrir dans les environs.

— Sam ! Ne me dis pas que tu as traîné avec elle !

— J’ai passé quelques nuits en sa compagnie. Tel que tu me vois là et aussi sous mon autre forme.

— Mais c’est un vrai démon !

Je l’ai senti se raidir.

— C’est juste une créature surnaturelle, comme moi, a-t-il répliqué d’une voix égale. Elle n’est ni bonne ni mauvaise. Elle est comme ça, c’est tout.

— N’importe quoi ! Si c’est le genre de salades qu’elle te sert, c’est qu’elle cherche quelque chose. Elle doit avoir besoin de toi.

Je me souvenais de la ménade, de sa cruauté, de sa beauté sauvage (à condition d’oublier les taches de sang, et je savais que Sam, en tant que changeling, ne devait pas y prêter attention).

Soudain, la lumière s’est faite dans mon esprit. Non pas que j’aie lu la vérité dans les pensées de Sam (ça m’est difficile avec les Cess), mais je pouvais quand même sentir ce qu’il éprouvait : un certain malaise, de la rancœur... mais, surtout, du désir.

— Ah ! me suis-je exclamée, un peu gênée. Excuse-moi, Sam. Je ne voulais pas te blesser en critiquant quelqu’un avec qui tu... euh...

Je me voyais mal lui dire « avec qui tu baises », même si c’était ce qui s’imposait, en l’occurrence.

— Avec qui tu... tu fais sans doute des tas de trucs intéressants, ai-je lamentablement bafouillé. Je suis sûre qu’elle est adorable, quand on apprend à la connaître. Évidemment, le fait qu’elle m’ait découpé le dos en rubans sanguinolents pourrait facilement justifier que j’aie certains a priori négatifs sur elle. Mais j’essaierai de me montrer moins bornée à l’avenir.

Et, sur ces bonnes paroles, je suis partie servir un nouveau client. Sam en est resté sans voix.

 

Entre deux commandes, j’ai laissé un message sur le répondeur de Bill. Je ne savais pas ce qu’il avait l’intention de faire avec Portia, et il n’était pas impossible que mon message soit entendu par une oreille étrangère. Alors, je me suis contentée de lui dire :

— Bill, j’ai été invitée à cette soirée, demain. Crois-tu que je doive y aller ?

Je n’ai pas dit mon nom : il reconnaîtrait ma voix. Il était fort possible que Portia lui ait laissé exactement le même message. À cette pensée, mon sang n’a fait qu’un tour.

Quand je suis rentrée chez moi, après le travail, j’espérais à moitié que Bill m’attendrait dans le noir pour me sauter dessus et réaliser mes fantasmes érotiques les plus débridés. Mais le jardin était désert, tout comme la maison. Cependant, quand j’ai vu le voyant de mon répondeur clignoter, mon moral est remonté en flèche.

— Sookie, disait Bill de sa voix glaciale, ne t’aventure pas dans les bois. La ménade n’a pas apprécié notre tribut. Éric sera à Bon Temps, demain soir, pour négocier avec elle. Il n’est pas impossible qu’il t’appelle. Les... autres personnes qui t’ont aidée ont exigé une récompense exorbitante des vampires de Dallas. Je prends donc le premier vol pour aller aider Stan à parlementer avec eux.

Oh, non ! Bill ne serait pas à Bon Temps en cas de pépin, et je n’aurais aucun moyen de le joindre. À moins que... Il était 1 heure du matin... J’ai composé le numéro du Silence Éternel, que j’avais noté dans mon agenda. Bill n’était pas encore passé à la réception, mais son cercueil (ce que le concierge de l’hôtel a pudiquement appelé «ses bagages ») avait été monté dans sa chambre. J’ai laissé un message. Je l’ai formulé de façon si sibylline qu’il avait de grandes chances d’être incompréhensible.

J’étais vraiment épuisée après la nuit que j’avais passée, mais je n’avais pas l’intention de me rendre à la soirée du lendemain toute seule. J’ai poussé un gros soupir et j’ai appelé Le Croquemitaine, le vamp’bar de Shreveport.

— Vous êtes bien au Croquemitaine, là où les morts reviennent à la vie tous les soirs, a débité la voix enregistrée de Pam (elle est copropriétaire de l’établissement). Pour connaître nos horaires, tapez un. Pour organiser des soirées privées, tapez deux. Pour être mis en relation avec un vivant ou un mort, tapez trois. Si vous appelez juste pour faire une petite blague de mauvais goût, prenez garde : un jour ou l’autre, nous vous retrouverons.

J’ai appuyé sur le trois.

— Le Croquemitaine, a répondu Pam, avec, dans la voix, un ennui d’une profondeur abyssale.

— Salut, Pam ! ai-je lancé avec un entrain forcé. C’est Sookie. Est-ce qu’Éric est dans les parages ?

— Il est en train de faire son numéro de charmeur de vermine.

J’en ai déduit qu’Éric trônait dans le luxueux fauteuil en cuir blanc du bar (il n’y en avait qu’un, au rez-de-chaussée, et il lui était exclusivement réservé) et se pavanait devant la clientèle, jouant à la perfection son rôle de créature énigmatique, fascinante et terriblement dangereuse. Bill m’avait dit que certains vampires, sous contrat avec Le Croquemitaine, devaient faire une ou deux apparitions d’une certaine durée par semaine pour que la boîte continue à attirer les touristes. En tant que maître des lieux, Éric y était pratiquement tous les soirs. Il y avait bien un autre bar où les vampires se retrouvaient entre eux, mais c’était le genre d’endroit où aucun touriste n’aurait osé mettre les pieds. Je n’y étais jamais allée parce que, franchement, les bars, ce n’est pas trop mon truc. Ça me rappelle trop le boulot.

— Pourrais-tu lui apporter le téléphone, s’il te plaît, Pam ?

— Oh, bon, d’accord ! a ronchonné Pam. Il paraît que tu as passé un bon moment à Dallas ? a-t-elle enchaîné, tout en marchant.

Je ne percevais pas le bruit de ses pas, mais le fond sonore changeait et le volume fluctuait à mesure qu’elle se déplaçait.

— Inoubliable.

— Qu’est-ce que tu penses de Stan Davis ?

Hum...

— Il a un genre.

— Moi aussi, j’aime bien ce côté un peu gangster, un peu mac.

Heureusement qu’elle n’était pas là pour voir le regard ahuri que j’ai jeté au téléphone. Je n’avais jamais remarqué qu’elle aimait aussi les hommes. Je découvrais aussi que les vampires pouvaient s’attirer mutuellement. Je n’avais jamais vu deux vampires ensemble.

— En tout cas, je ne crois pas qu’il soit avec quelqu’un en ce moment, ai-je ajouté d’un ton qui se voulait dégagé.

— Vraiment ? Peut-être que je ne vais pas tarder à me payer des petites vacances à Dallas, moi.

— C’est moi, a soudain dit Éric.

— Et c’est moi, ai-je répondu, amusée par la formule.

— Sookie ! Ma suceuse de balle préférée !

Il y avait de la chaleur et de l’affection dans sa voix.

— Éric ! Mon manipulateur détesté !

— Que puis-je pour toi, ma chérie ?

— Pour commencer, je ne suis pas ta « chérie », et tu le sais pertinemment. Ensuite, Bill m’a dit que tu venais ici demain soir.

— A Bon Temps ? Oui. Je vais arpenter les bois à la recherche de la ménade. Elle a estimé nos offrandes de grands crus millésimés et d’un jeune taureau insuffisantes.

— Tu lui as amené un taureau vivant ?

Je me suis momentanément laissé distraire par la vision d’Éric bataillant avec un fougueux taurillon pour le forcer à monter dans un van, avant de le conduire sur la nationale pour s’arrêter finalement sur le bas-côté et le lâcher dans la nature.

— Absolument. Nous avons même dû nous y mettre à trois : Pam, Indira et moi.

— Et vous vous êtes bien amusés ?

— Moi, oui, a-t-il répondu d’un ton un peu étonné, surpris sans doute de l’intérêt que je semblais manifester pour cet épisode. Ça m’a rappelé l’époque où je m’occupais du bétail, il y a des siècles de ça. Pam est une citadine. Quant à Indira, elle éprouve presque de la vénération pour les bovins. Autant dire qu’elle ne m’a pas été d’un grand secours non plus. Mais si tu veux, la prochaine fois que j’aurai des bêtes à transporter, je t’appellerai. Tu pourras venir avec moi.

— Merci, j’en serais ravie, ai-je assuré, persuadée que j’étais que ce genre de coup de fil n’était pas près d’arriver. En attendant, j’aimerais que tu me rendes un service. J’ai besoin que tu m’accompagnes à une soirée demain.

Il y a eu un long silence à l’autre bout de la ligne.

— Bill ne partage plus ton lit ? Le différend que vous avez eu à Dallas s’est finalement soldé par une séparation définitive ?

— Je me suis mal exprimée. J’aurais dû dire que j’avais besoin d’un garde du corps pour m’accompagner demain soir. Bill est à Dallas.

Je me suis frappé le front du plat de la main, atterrée par ma propre bêtise.

— Enfin, c’est un peu compliqué à expliquer, ai-je ajouté. Toujours est-il que je dois aller à une soirée, demain, qui ressemble plutôt, en fait, à une... eh bien, c’est une... une sorte d’orgie, disons, et que j’ai besoin que quelqu’un m’accompagne au cas où... où... Bref, au cas où.

— Fascinant ! s’est exclamé Éric, qui semblait sincère. Et comme tu savais que je serais justement dans le coin, tu as pensé que je pourrais te servir de cavalier à cette orgie ?

— Oui. Le truc, c’est que j’y vais pour lire dans les pensées des participants. Pour leur soutirer certaines informations. Il suffit que je les incite à penser à une chose précise pour récolter les renseignements que je cherche sur le sujet en question. Ensuite, il ne nous restera plus qu’à filer en douce.

Je venais justement d’avoir une idée lumineuse pour les pousser à penser à Lafayette. La mettre à exécution serait, théoriquement, d’une simplicité enfantine. Le tout serait de la faire accepter à Éric. Mais encore fallait-il oser la lui soumettre...

— Donc, tu veux que je t’accompagne à une orgie à laquelle je ne suis pas invité et où je ne serai pas le bienvenu. Et tu veux, de plus, qu’on parte avant même que j’aie eu la moindre chance de commencer à m’amuser. C’est bien cela ?

Mon « oui » ressemblait à un couinement de souris. J’appréhendais la suite, mais je me suis jetée à l’eau.

— Et est-ce que... est-ce que tu crois que... que tu pourrais te faire passer pour un homo ?

Le silence m’a paru interminable. J’ai même cru qu’il avait raccroché.

— Allô ?

— À quelle heure dois-je être chez toi ?

— Euh... 21 h 30. Le temps que je te mette un peu au courant.

— 21 h 30 chez toi.

— Je remporte le téléphone dans le bureau, m’a alors annoncé Pam. Je ne sais pas ce que tu as dit à Éric, mais il secoue la tête d’un air bizarre et il a les yeux fermés.

— Est-ce qu’il rit, ne serait-ce qu’un tout petit peu ?

— Vu la tête qu’il fait, pas vraiment.

Disparition a Dallas
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